Le Diabolique Docteur Flak

Synopsis

Après vingt ans d’absence, l’enfant prodigue revient de Paris, la valise à la main. La famille n’a pas changé : le grand-père est toujours aussi seul, le père et la mère sont toujours aussi jeunes, le cadet croit toujours que la première guerre continue, le benjamin s’habille toujours en femme. Le seul changement notable est la présence d’un docteur démoniaque, Helmut Flak, qui caresse le projet de créer une nouvelle race d'êtres humains dans la cave de cette famille wallonne délirante. Une série de rêves transposent successivement les habitants de la maison en pleine seconde guerre mondiale où Helmut Flak s’imagine en officier nazi.
Parallèlement, un sosie d’Hitler défraye la chronique dans la commune. Au guidon de sa moto, il perpètre plusieurs meurtres abominables : un nouveau-né massacré à la chaîne de vélo, un aveugle tabassé, des Claudettes étranglées, … tout cela pour attirer l’attention de sa muse, un transsexuel qu’il épie la nuit lors de séances photos érotiques ... Jusqu’au jour où cet assassin frappera à la porte du laboratoire …

Het scenario is onmogelijk samen te vatten. Er is een somber laboratorium, ergens in de kelders van een verwarde Waalse familie. En vanzelfsprekend een demonische dokter wiens doel de creatie van een nieuw mensenras is. Maar de voornaamste verdienste van deze film situeert zich in de visuele inventiviteit en de ongebreidelde vrijheid van dit filmisch knutselwerkje.

 

Synopsis 2

Un professeur fou veut créer une nouvelle race humaine ; le visage sera composé de chlorophylle et de chairs mortes remises à la vie par des moyens diaboliques. Son but est grandiose et monstrueux. Ses manies bizarres ne peuvent l’empêcher d’être à la fois sentimental, d’opérer au son de la grande musique, d’être fou furieux et de pratiquer au son de musique moderne. Le sadique docteur Flak a installé son laboratoire dans les caves de la famille Mulos ; famille un peu spéciale faisant des cauchemars ordonnés sur commande par le diabolique docteur Flak et durant lesquels ce dernier est condamné par le tribunal spécial de la Gestapo à avoir la tête tranchée à la hache SS. Rêve prémonitoire du professeur fou dans le futur antérieur.

Un inconnu s’identifiant à Adolf Hitler arrive à s’infiltrer dans les domaines sordides d’une petite ville et détruit sans raison toute vie humaine. La police, en alerte, recherche vainement le tueur fou.

Ayant enfin réussi à créer la race pure, le docteur Flak fait une présentation de son œuvre à la famille Mulos. C’est alors qu’un laitier en tournée reconnaît en cette créature le meurtrier sévissant dans la région. Stupéfait, il avertit la police. L’inspecteur Landru ordonne la capture de l’innocente victime au visage d’enfer. Une erreur judiciaire est commise car le tueur machiavélique continue ses crimes démentiels.

 

A propos du "20 ans après"
Critique

« Avant que Canal + ne s'en accapare et tente d'en tirer un produit de consommation vidéo à la mode, le cinéaste le plus fêlé de la région la plus sinistée de Belgique commettait des films qui ne ressemblaient à aucun autre sur cette planète. Même pas à ceux d'Ed Wood.

Acoquiné de Victor Sergeant (un fana de surnaturel qui devint son scénariste et comédien favori), Jean-Jacques Rousseau démarra sa carrière par quelques courts métrages prometteurs (comme "Le reposoir", "L'étoile du mal" ou "Dossier Réincarnation") oscillant entre gore, épouvante et action.

"Le diabolique Docteur Flak" est son premier long métrage. Est-il possible d'en résumer le scénario? Non. Il y est bien question d'un sombre laboratoire, planqué dans les caves d'une famille wallonne pour le moins déboussolée. Et d'un docteur démoniaque qui caresse le projet de créer une nouvelle race d'êtres humains. Mais le principal se situe ailleurs, du côté de l'inventivité visuelle et de la liberté débridée de cette oeuvre bricolée de toutes pièces. Comme un Kaurismaki, Rousseau s'est entouré d'une série de fidèles collaborateurs ; des autochtones de Souvret et des alentours de Charleroi, comédiens amateurs aux tronches étranges et au charisme subjuguant. Leur seule présence procure une infinie fascination à la vision de ce film.

Signalons qu'un représentant de Jean-Jacques Rousseau, éventuellement encagoulé, sera peut-être présent lors de la projection pour vous parler du prochain retour du cinéaste maudit aux 16 millimètres. » (Nova Cinéma, 2002)

 

Critique 2

« A l’instar d’autodidactes de génie, tels le Facteur Cheval ou l’autre Rousseau, le Douanier, il faut saluer la ténacité et l’intransigeance de ce réalisateur unique et inclassable, élaborant ses films sans subsides ni diffusion en salles, sur des scénarios siphonnés et chaotiques, avec des interprètes approximatifs totalement dévoués au « Maître de l’absurde », comme il s’est lui-même surnommé. Et de fait on nage chez Rousseau dans le délire le plus souverain, mais qui débouche parfois sur une poésie déviante et bizarre. « Le Diabolique Docteur Flak » fut l’opus premier de cette saga du kitsch : un médecin fou veut créer une race nouvelle dans la cave d’une famille de tarés à l’accent wallon. Ensemble, ils tentent de ramener à la vie un sans-abri en couche-culotte. Ailleurs, un serial killer dégénéré se prend pour Hitler. Et ce n’est que le point de départ de cet ouvrage hallucinant, refusé naturellement (c’est le lot de Rousseau) par tous les cinémas sérieux à pop corn. » (Revue de la Cinémathèque du Luxembourg, à l'occasion du Festival "Les Flibustiers du Cinéma Belge", novembre 2006)

 

Critique 3

Un savant fou nommé Flak a pour objectif de transformer en on ne sait trop quoi un maniaque qui se prend pour Hitler... Le diabolique docteur Flak pense ainsi devenir un génie de la médecine moderne.

Voilà de quoi traite ce film dont je vais tenter, je dis bien tenter, de vous dire quelques mots. Sachez auparavant amis lecteurs que ce film est quasiment invisible, et ce dans le monde entier, c'est donc une véritable exclusivité qui vous est proposée, celle d'en apprendre un peu plus sur ce long métrage que l'on peut déguster uniquement dans certains festivals, lors de cartes blanches offertes à quelques anti-conformistes notoires, des iconoclastes tels Noël Godin lors du festival d'Amiens en 2003 ou Jean-Pierre Bouyxou à la Cinémathèque en 2007. Malgré les apparences, Le diabolique docteur Flak n'est pas une série Z, il est beaucoup plus. Il dépasse toutes les limites de ce que vous pouvez imaginer, l'impensable est atteint ici ; c'est bien d'anti-cinéma dont il s'agit. La narration, la bande originale, les dialogues, les personnages, l'espace-temps, le jeu d'acteur, tout cela Jean Jacques Rousseau (c'est son vrai nom) n'en a rien à faire, ou plutôt si ; il va tout mettre en oeuvre pour les exploser, les rendre caduques. Jean Jacques Rousseau est un artiste, et son film une véritable oeuvre d'art. Le film - qui s'appelle aussi Dramaticon - commence avec une vue de Paris et un encart indiquant "Paris 20 ans après", alors qu'il n'y avait rien avant ! On suit les tribulations d'une cloche qui va retrouver sa famille en Belgique, et quelle famille ! Son père et sa mère sont plus jeunes que lui, un de ses frères est un travelot militaire à ses heures perdues, un autre un tueur fou obsédé par Hitler qui s'attaque à n'importe qui (j'y reviendrai). La dessus apparaît le fameux docteur Flak, l'homme qui fait passer Kinski pour un monstre de sobriété. Le docteur Flak veut devenir un génie de la médecine moderne. L'aventure peut commencer... Mais il est impossible pour moi - ni pour quiconque - de vous raconter en quoi consiste l'aventure, ni celle du film, ni celle vécue par le spectateur. On y voit cependant des nazis faire... n'importe quoi ! Le fils maniaque se prendre pour Mad Max en moto avant d'aller écraser à coups de pied un bébé dégagé de sa poussette (!), étrangler un passant à la sortie d'une église sur laquelle figure une gargouille en forme de tete de mort, on y croise aussi une décapitation par un bourreau indécis devant des nazis improbables, une plante carnivore, un tranchage de bras en gros plan par un docteur Flak orné de deux lampadaires sur la tête, une découpe d'un visage dont les morceaux de chair atterissent dans un petit bocal, une danseuse érotique moche comme un poux que notre maniaque trouve splendide alors qu'il ne la voit qu'à travers une vitre et des doubles rideaux...
Mais le chef d'oeuvre de Rousseau n'est pas une bizarrerie trash et gore, c'est au-delà de ça, c'est un film inconcevable pour tout être humain, une oeuvre unique, bourrée d'hommages indescriptibles à tous les classiques de l'horreur, Ilsa compris, la musique d'Orange Mécanique et de Suspiria (!) y est reprise n'importe comment, et le miracle fonctionne : on ne s'ennuie pas un quart de seconde. Fascinant. Surtout quand le film vous est présenté par Jean Jacques Rousseau lui-même, cagoulé comme toujours - personne n'a jamais vu son visage - et par son bonimenteur à canne et chapeau haut de forme. Rousseau n'aura tourné que trois films, dont les deux autres il y a peu, et des dizaines de courts métrages. On n'explose pas de rire à tous les instants ici, on n'est pas non plus consterné, il n'est plus question de ridicule, mais de poésie. Le diabolique docteur Flak est un film admirable, que peu pourront apprécier, mais si vous arrivez à saisir la portée libertaire et anarchiste de cette oeuvre qui renvoie Ed Wood et Al Adamson au rang d'auteurs chiants et petits bourgeois, alors vous percevrez la poésie en question. Et vous ressentirez aussi l'amour et la sincérité avec lesquelles Rousseau a fait son film. Picasso disait que le bon goût était l'ennemi ultime de la création. Jean Jacques Rousseau l'a entendu.

A noter :
- Tourné en français et filmé dans la région de Charleroi.
- Le générique est fait main sur des feuilles de papier.
- Le diabolique docteur Flak ne sortira sûrement jamais en dvd pour des problèmes de droit, la musique utilisée (les Goblin, Claude Francois notamment) l'ayant été sans accord.
Accroche : Gare à vous, Jean Jacques Rousseau est dans le coup !

(posté par Xawa, 13 avril 2007, sur www.psychovision.net)

 

Critique 4

A mesmerizingly distressing but sincere horror piece directed by the self-declared Belgian Ed Wood.
Place donc à ce qu’on pourrait appeler le cinéma belge radicalement désolant personnifié gloupitamment par toute l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Par cinéma désolant, nous entendons un cinéma tout à fait désolant pour les codes cinéphiliques faisant la loi, et même la police, un cinéma absolument affligeant pour les valeurs établies patiemment par les historiens du septième art, les animateurs de salles d’art et d’essai, les revues et les écoles de cinéma et l’intelligentsia pète-sec. Au point que le Diabolique Docteur Flak semble presque conçu tout exprès pour consterner ou mettre gravement en pétard les tristes lustucrus qui ne jurent que par ces valeurs. Ce que vous allez voir constitue un véritable outrage à tout l’enseignement infligé aux élèves de l’Idhec, de la Fémis et du lycée Guist’hau de Nantes. C’est du cinéma malotru, impur, balourd, disparate, bordélique, d’un exceptionnel mauvais goût. C’est du cinéma mal conçu, mal écrit, mal dialogué, mal filmé, mal mis en scène, mal joué, mal monté, mal musiqué, mal génériqué. Mais ce cinéma navrant s’asseyant sur toutes les règles transpire la sincérité, l’enthousiasme, la liberté vraie et totale, et s’avère quelquefois étonnamment inspiré. Et puis, quel plaisir, quel plaisir incomparable il peut nous dispenser, contrairement à la plupart des films à l’affiche. Il y a en tout cas trois manières de vivre les films de Jean-Jacques Rousseau dans le plaisir effréné. Premièrement, en s’en moquant cruellement parce qu’on estime qu’ils atteignent les cimes du ridicule et Jean-Jacques Rousseau ne devra pas se désespérer si des tempêtes de rires sarcastiques se déchaînent pendant la projection. Ça fait partie de l’aventure. Mais il y aura aussi, car je connais certains d’entre vous, jambon à cornes !, des rires et des refus de rire d’une autre dimension. On peut en effet être autant allumé, ou bien plus, par ces bandes que par les séries Z miteuses devenues légendaires grâce à Tim Burton, d’un Ed Wood. Jean-Jacques Rousseau d’ailleurs s’autoproclame sans vergogne « l’Ed Wood belge ». On peut trouver le cinéma de Rousseau très toniquement désolant, et très jouissif, et tout à fait jubilatoire, et même assez indispensable pour faire la nique au cinéma d’auteur rigoriste casse-bonbons trônant actuellement sur les écrans. Mais on peut jouir avec le cinoche de Rousseau d’une troisième manière, ventre de bœuf ! En considérant comme de plus en plus de ses partisans de première ligne que ses films mal léchés sont de la poésie, de l’authentique poésie, de la poésie candidement incandescente comme celle de l’autre Rousseau, le douanier, de la poésie onirique sauvage très inconsciemment dévastatrice, de l’art splendidement brut, de l’écriture furieusement automatique.

Noël Godin, publié sur le site du festival du film d'Amiens

 

Réalisation
Jean-Jacques Rousseau
Scénario
Jean-Jacques Rousseau, Victor Sergeant
Production
Ciné Vision 16
Année
1979
Acteurs
Victor Sergeant, Alfred Carbillet, Fabienne Dekeulener, Véronique Delforge, Jean Deprez, Jean Janssens, Christian Margot, Sergio Pelizani, José Pulinckx, Pierre Rousseau, Victor Sergeant, Josette Splingard, François Teninza, Michel Wéry, Monique Lepage, Albert Staes.
Durée
95 min
Technique
Rose Bourlet, José Pulinckx, Albert Staes (costumes), Victor Sergeant (son)
Format
16 mm , couleurs